Exclusif – Moudji Traoré, Président délégué de l’UC Lasa se confie à Maurifoot

Publié le 14/06/2013 à 04:39, mis à jour le 09/09/2013 à 08:15

C’est au domicile du Président délégué de l’UC LASA, dans son salon plus exactement, que MAURIFOOT a été accueilli pour une interview exclusive avec Moudji Traoré.

Le sujet a tourné autour de l’avenir du club, de ses difficultés financières, de la montée en première division et de la relégation une année après, sans oublier l’avenir du capitaine et entraineur de l’équipe, Khouna Ould Mahfoudh.

Maurifoot : Bonjour Mr le Président. Merci de nous avoir reçu chez vous ; avant d’entrer dans le vif du sujet, pouvez-vous vous présenter aux lecteurs de Maurifoot, et nous retracer un peu l’histoire de la création de votre équipe l'UC Lasa ?

Moudji Traoré : Bonjour. Permettez-moi tout d’abord de saisir cette opportunité que vous m’offrez pour vous remercier ainsi que tous vos collègues pour l’immense travail que vous faites pour la promotion de notre football, pour une meilleure connaissance de ses pratiquants et dirigeants.

Je suis un stéphanois pure souche et employé à la SNIM. C’est vrai que les habitués des stades ont l’habitude de m’y voir avec mon équipe mais je ne suis que le Président Délégué ; la présidente c’est Nabou Traoré, mon épouse, qui est aussi Présidente de la Commission du football féminin à la FFRIM.

J’insiste sur ce point parce qu’elles ne sont pas légion, les femmes présidentes de club en Mauritanie. Son amour pour le football a commencé dés sa très tendre enfance quand elle allait voir ses frères jouer. Elle a commencé par créer une équipe de jeunes nommée TIVISKI et organisait des tournois pendant les vacances scolaires. En grandissant certains jeunes ont rejoint la SNIM, SHARAF et autres équipes de la place. Le club devenant assez structuré nous avons décidé de participer à la D2 dans la zone spéciale de Nouadhibou dés 2006, date de création de l’UC Lasa.

C’était très difficile, vu que les moyens financiers n’existaient pas mais à force de volonté et de conviction nos efforts furent récompensés 5 ans après par cette accession en première division. Nouadhibou comptait pour la première fois 4 clubs en D1.

J’ai évidemment, participé à fond à ce travail par amour pour le foot mais aussi par obligation conjugale.

Maurifoot : Votre équipe vient d’être championne de Nouadhibou, avec un parcours sans défaite. Êtes-vous satisfait de la performance de vos joueurs et confiant quant-à leur capacité de rivaliser avec les formations qui prétendent à la montée ?

M. T : Nous avons effectivement remporté 6 de nos 8 matches avec de très lourds scores. Nous avons la meilleure attaque, la meilleure défense et je crois le meilleur buteur. En 11 matches nous n’avons perdu qu’une fois en coupe 1-0 face aux IMRAGUENS. Nous avons aussi pour la 1ére fois franchi le second tour de la coupe. Ce sont plutôt les autres équipes qui ont du souci à se faire et des nuits blanches à passer à l’idée de croiser le chemin de l’UC Lasa !!

Je suis donc très confiant pour la suite de la compétition mais une confiance mesurée car le plus dur reste à venir. Nous respectons toutes les équipes mais nous n’en craignons aucune en particulier.

J’aimerai au passage féliciter les équipes de FC Dubaï et FC Crocodiles De M’Bagne qui nous ont tenu la dragée très haute à Nouadhibou ; elles ont un très bel avenir…

Maurifoot : Parlons un peu de Khouna Ould Mahfoudh. Qu’en est-il de l’avenir de votre capitaine, s’en ira t-il comme l’année passée juste après avoir été l’artisan de la montée de l’UC Lasa en première division saison 2011-2012 ?

M.T : J’aimerai d’abord tirer avec beaucoup de révérence mon chapeau à ce Monsieur du football Mauritanien. Sous d’autres cieux on aurait sans doute dressé une statue à son effigie pour sa carrière à tout point remarquable.

Mais en plus d’être un grand footballeur c’est tout simplement un grand homme : humble, modeste, respectueux et immense travailleur. D’ailleurs, il refuse à ses joueurs de l’appeler coach mais grand frère.

Ce Monsieur a quand même gagné tout ce qui est possible au niveau national, que ce soit en club ou en football en salle ; il a porté haut les couleurs de l’équipe nationale ; été élu meilleur joueur Mauritanien. Mais cela ne l’empêche pas de se rabaisser au niveau de ses jeunes frères de la D2 et de leur faire profiter de son immense expérience pour les aider à monter.

Depuis qu’ils ont arrêté leur carrière internationale, lui et son groupe de « vieux » (Mohameden, Abeih, Dieh, Meimou, Taher, Lô) se sont fixés comme mission l’accession en première division des clubs Stéphanois. Ils l’ont fait pour le FC Nouadhibou, les Imraguens et l’UC Lasa.

Pour son avenir au sein du club, il ne lui appartient qu’à lui d’en décider. Seulement il est trop pris par sa situation familiale et ses activités professionnelles pour compétire en D1 si jamais on montait. Mais de prés ou de loin, il fait à jamais partie de l’UC Lasa.

Nous essaierons de le retenir lui et son groupe pour réussir de manière adroite et douce la passation de témoin aux jeunes pousses du club. Lui et ses amis nous ont donné leur cœur, leur corps, leur temps et leur argent, nous leur en serons éternellement reconnaissants, qu’ALLAH les rétribue.

Maurifoot : L’année passée, on a vu votre équipe en première division pour la première fois de son histoire, mais n’a pu se maintenir parmi l’élite. Pouvez-vous nous dire ce qui n’a pas fonctionné. Problème de coaching, d’effectif ou financier ?

M. T : Si je vous racontais tout ce que nous avons eu à affronter comme problèmes, je crois qu’une nuit blanche ne serait pas de trop. Mais vous l’avez dit, c’était notre première année en D1 donc forcément une année d’apprentissage. Le premier gros problème est que les « vieux », Khouna et ses amis, n’ont pas tenu à continuer avec nous en D1 (chose compréhensible du reste, vu leur situation professionnelle). Nous avons donc été obligés de  jeter dans la bagarre les jeunes du club qui évoluaient pour la première fois en D1. Ajoutez à cela, le fait que nous n’avons pu travailler avec notre groupe au complet que deux semaines avant le début de la compétition. Il y avait donc un problème évident d’effectif mais aussi et surtout un problème financier. Or nous savons tous que « l’argent est le nerf de la guerre ».

Comme je vous l’ai dit plus haut, notre présidente a fait des pieds et des mains, mais à ce jour tout le monde est resté sourd à notre appel ; aucun sponsor ne s’est manifesté. Tous ces problèmes nous ont épuisés et il ne restait plus beaucoup d’énergie pour aborder les matches face à des équipes mieux préparées et soutenues financièrement. Nous nous sommes lancés un défi : jouer les 26 matches coûte que coûte, vaille que vaille et ne surtout pas fausser le championnat ; nous l’avons fait et pour nous c’est une victoire quand on voit d’autres clubs beaucoup mieux lotis se plaindre au bout de 3 journées seulement.

Nous avons fini la saison en boulet de canon avec deux victoires et le maintien nous a échappé de très peu ; l’expérience nous a vraiment fait défaut. L’entraîneur a fait de son mieux avec l’effectif à sa disposition ; je vous rappelle qu’il s’agissait d’Abdoulaye Diallo dit Courtaud, qu’on ne présente plus, mais pour qui c’était aussi une première de diriger une équipe de l’élite. Nous avons à cœur de retrouver la D1 et pour un long bail cette fois-ci.

Maurifoot : Cette année, la Ligue Nationale de Football a apporté des modifications quant-au déroulement des compétitions de la deuxième division. À Nouadhibou on a vu 9 équipes se disputer l’unique billet pour la phase finale. Selon vous, est-ce la bonne formule pour rehausser le niveau de la D2 et à l’avenir celui de l’élite ?

M. T : N’oublions pas que la LNF est de création récente et je trouve qu’elle fait du bon travail, avec à sa tête Mr Pape Dieng, qui se donne corps et âme à cette mission. L’idée de championnats régionaux est non seulement bonne mais juste. En effet, il n’était pas normal que pour les phases finales, Nouakchott et Nouadhibou soient représentés par des clubs alors que les autres régions venaient avec des sélections. Le petit bémol que j’y apporterai est que cela a été décidé dans la hâte sans véritable analyse et préparation. J’aurai préféré, comme je l’ai dis de vive voix aux autorités compétentes, qu’on approuve la décision mais qu’on laisse une année aux clubs pour se préparer sportivement, administrativement et financièrement. Je crois aussi que cela aurait été un signe de respect pour les anciens clubs qui se démènent en D2 depuis des lustres et à qui on propose de manière spontanée et inopportune des concurrents, des clubs de quartiers crées à l’occasion et sans aucune assise sportive ou légale.

Au niveau de Nouadhibou, imaginez-vous ce que l’UC Lasa et le FC Looti ont dû endurer et dépenser dans les voyages, les hébergements pour affronter en aller et retour pendant des années, les équipes de Zouerate, Atar, Akjoujt ?

Il faudrait aussi que l’on pense à harmoniser les calendriers pour que tout le monde finisse en même temps et que les phases finales se tiennent dans la lancée. Le football se développe à partir de la base et multiplier les clubs c’est le rendre plus populaire et rendre la concurrence encore plus ardue. Je félicite la Ligue Régionale de Nouadhibou pour cette première expérience avec neuf clubs, ce n’était pas évident. Je demande aux amoureux du football à Nouadhibou de soutenir ces clubs, sinon ils disparaîtront aussi vite qu’ils ne sont apparu.

Maurifoot : Bientôt, les Play-offs vont débuter à Nouakchott et réuniront les champions des différentes régions. Avez-vous une idée sur vos adversaires, leurs points forts ou leurs points faibles ?

M. T : En phases finales toutes les équipes sont à prendre au sérieux car elles viennent toutes gonflées à bloc avec comme seul objectif : toucher le graal, c’est-à-dire faire partie de l’élite du football Mauritanien. Nous ne connaissons pas encore nos futurs adversaires mais nous avons déjà rencontré les quatre équipes qualifiées de la zone spéciale de Nouakchott. Nous avons éliminé le NASR Sebkha cette année en coupe. Avec le FC Feu Mini et l’Entente Sebkha ce seront des retrouvailles parce qu’on était dans la même poule l’année de notre montée. Nous avions battu Feu Mini et fait match nul avec l’Entente. En première division, c’était une victoire partout entre nous et l’Entente.

Avec Dar El Barka, nous avons fait mach nul en phase finale l’année où ils sont montés. Donc ces quatre équipes, on se connaît et se respecte, quant aux autres il faudra s’en méfier sérieusement. Nous avons entendu beaucoup de bien de Guemeul de Rosso (s’il se qualifie) mais cela ne nous étonnera pas, le Trarza ayant toujours été une terre de foot. Je crois que nous aurons une phase finale d’enfer !!

Maurifoot : Nous voyons que les équipes de la deuxième division ne sont pas soutenues financièrement, pas de sponsors, ni de gestes de la part de la Fédération nationale de football. Malgré tout ça, votre équipe est toujours présente dans les différentes compétitions ; d’où viennent vos financements alors ?

M. T : Je vous ai dit plus haut que nous n’avions aucun financement extérieur. L’UC Lasa s’autofinance avec ses moyens dérisoires mais une volonté à toute épreuve ; ne dit-on pas qu’elle déplace les montagnes ? C’est avec notre intime conviction que nous sommes dans le vrai, que nos sacrifices ne resteront pas vains et notre envie indéfectible de toujours repousser nos limites que nous sommes encore vivants.

Maurifoot : Quels sont vos objectifs à présent et vos perspectives d’avenir pour l’UC Lasa ?

M. T : L’objectif immédiat est évidemment la remontée en DI. Ceci est un impératif parce que nous avons un projet à long terme : augmenter et maintenir un grand nombre de clubs de Nouadhibou en D1, servir de modèle aux petites équipes (comme quoi elles peuvent arriver au sommet) et surtout faire grandir chez nos petites catégories l’espoir qu’un jour elles aussi joueront au plus haut niveau. Étant donné que nous ne pouvons retenir financièrement nos joueurs, il est vital pour nous de pérenniser nos équipes de jeunes pour au fur et à mesure alimenter l’équipe première.

Maurifoot : Sur le plan du championnat national, quelle est l’équipe qui vous a beaucoup marqué sur le plan tactique, fair Play et  de l’engagement ?

M. T : Je vais peut être vous surprendre mais je suis complètement tombé sous le charme de l’Ittihad Aassaba. Une équipe très jeune, très disciplinée (sur et en dehors du terrain) et qui développe un très beau football alerte et généreux. Elle bénéficie de surcroît d’un public bon, nombreux et fidèle. C’est la preuve qu’il y a de très bons joueurs à l’intérieur du pays qui nous apportent un vent de fraîcheur.

Je félicite donc mes grands frères : Talibé Diarra (Président du club), l’entraîneur Amadou Diop et tout leur staff pour leur très bon travail.

Maurifoot : Le championnat national tire à sa fin avec les deux dernières journées. Le FC Nouadhibou et l’ACS Ksar sont au coude à coude ; selon vous qui sera le champion ?

M. T : Je ne voudrai surtout pas me faire des ennemis au Ksar ; je présente donc mes excuses à l’ACS Ksar et à son nombreux et fidèle public, mais je souhaiterais que le FC Nouadhibou soit sacré champion.

À cela deux bonnes raisons : la première, je suis Stéphanois donc c’est un pronostic du cœur ; la seconde est que je veux me racheter auprès de mes amis du FC Nouadhibou à qui j’ai privé la saison dernière d’un titre qui leur tendait les bras en les battant et en faisant match nul. On sait que Tevragh-Zeïna avait fini avec seulement une longueur d’avance. Ce serait donc un réconfort moral pour moi et une dette d’acquitter. Je leur souhaite non seulement de finir champion, mais de remporter aussi la coupe.

Maurifoot : votre dernier mot ?

M. T : Je lance un appel à tous les Stéphanois, à toutes les sociétés, banques, personnes physiques ou morale, bonnes volontés, de venir en aide à notre présidente Nabou Traoré. Sous quelques formes que ce soit : financière, logistique ou tout simplement morale. Rares sont les femmes présidentes de club et là nous allons représenter notre région avec ses fils issus du terroir. Nous demandons à ce qu’on nous aide pour arriver dans les meilleures conditions à Nouakchott et y représenter dignement notre Wilaya. Il nous faut une troisième équipe en D1 depuis la relégation des Imraguens.

Que vive l’UC LASA, que vive le football à Nouadhibou et en Mauritanie en général et qu’un généreux sponsor se manifeste.

Je vous remercie sportivement…

Propos recueillis par Diombar BA
Maurifoot à Nouadhibou



Rédigé par Diombar Ba


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Classement D1

R Equipes Pts J G N P Bp Bc +/-
1 Nouadhibou 60 26 18 6 2 67 15 52
2 Ksar 57 26 16 9 1 39 11 28
3 Concorde 51 26 14 9 3 52 19 33
...
12 Armée 24 26 5 9 12 22 43 -21
13 Police 23 26 4 11 11 16 42 -26
14 Imraguens 13 26 2 7 17 13 55 -42

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